Dans cet article, le psychologue et expert international en Alzheimer et autres démences, Cristian Francisco Liébanas Vega, nous parle de la prématurité et de la réhabilitation neuropsychologique chez les prématurés.
La prématurité constitue un problème sérieux tant pour le nouveau-né (RN) que pour sa famille, car elle s’associe à une morbidité élevée à la naissance et à un fort risque d’incapacités futures. Le nombre d’enfants qui naissent prématurément et leur survie ont augmenté de façon significative ces dernières décennies, en raison des progrès des soins obstétricaux et néonatals. La diminution de leur mortalité sans augmenter la morbidité et les séquelles constitue l’un des défis les plus importants de la médecine périnatale (Rodrigo et al., 2014).
On parle de naissance prématurée ou pré-terme lorsque l’accouchement survient avant 37 semaines de gestation.
La prématurité peut être classée en différents groupes en fonction de l’âge gestationnel auquel a lieu cette naissance, ou selon le poids du nouveau-né, car habituellement ces deux paramètres sont liés chez ces enfants. Plus l’âge gestationnel et le poids à la naissance sont faibles, plus la probabilité de présenter des complications liées à la prématurité, le risque de décès et les séquelles en neurodéveloppement seront élevés.
Il existe certaines variables pour réaliser des classifications au sein de la prématurité, telles que l’âge gestationnel ou le poids à la naissance. Selon l’âge gestationnel, les nouveau-nés prématurés (RNPT) se classent comme suit:
- Prématuré tardif : naissance survenant entre la semaine 34+0 et la 36+6.
- Prématuré modéré : nés entre la semaine 32+0 et la 33+6.
- Très prématuré : nés entre la semaine 28+0 et la 31+6.
- Extrême prématuré : nés avant 28 semaines.
Selon le poids à la naissance, le RNPT se classe de la manière suivante:
- Faible poids à la naissance : poids inférieur à 2500 grammes.
- Très faible poids à la naissance : poids entre 1000 et 1500 grammes.
- Poids extrêmement faible à la naissance : poids entre 800 et 1000 grammes.
- Poids extrêmement bas : poids inférieur à 800 grammes.
Il est également important de souligner le concept de poids par rapport à l’âge gestationnel. Le RN présentant un faible poids pour l’âge gestationnel est celui qui présente un poids à la naissance < au P10 pour l’âge gestationnel et le sexe. Autrement dit, un RN peut naître prématuré (< 37 semaines), à terme (37 à 41 semaines 6 jours) ou post-terme -mínimo (> 42 semaines) et être de faible poids (< P10), de poids adéquat PIO-P90) ou de poids élevé (> P90) pour son âge gestationnel.
Le RN ayant un poids à la naissance égal ou <1500 grs, avec un âge gestationnel égal ou < 32 semaines et de faible poids pour l’âge gestationnel, est considéré comme RN à risque neuro-psycho-sensoriel, avec une plus grande possibilité de séquelles dans son neurodéveloppement et nécessitera un suivi neuromaduratif au moins jusqu’à 6 ans, dans le cadre de l’intervention précoce (Federación Estatal de Asociaciones de Profesionales de Atención Temprana, 2005) et aussi un suivi ultérieur des fonctions exécutives, du rythme d’apprentissage scolaire, de la coordination motrice, des habiletés adaptatives et du comportement, au moins durant la deuxième enfance et l’adolescence.
Épidémiologie et étiopathogenèse
Selon des sources de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (Liu et al., 2016), chaque année naissent dans le monde environ 15 millions d’enfants prématurés, avec un taux de prématurité variant entre 5% et 18%, se situant en Espagne et dans les pays de notre environnement autour de 7% et 9% de l’ensemble des naissances. Environ 10% de ce groupe correspond à des RNPT de moins de 32 semaines et de moins de 1500 grammes qui concentrent la plus grande incidence de mortalité, morbidité et séquelles au cours de leur développement (Ponte et al., 2022). Le groupe des prétermes tardifs (34 semaines à 36+6) est le plus nombreux (70-74 % du total des RNPT) et bien qu’un pourcentage élevé n’ait pas besoin d’hospitalisation, ils présentent néanmoins un risque de complications et de séquelles durant leur développement, supérieur à celui d’un RN à terme (Liu et al., 2016).
De nombreux facteurs interviennent dans l’étiopathogénie de l’accouchement prématuré (Rellán et al., 2008) :
- facteurs dépendant de la mère : facteurs reproductifs, maladies, habitudes toxiques, facteurs gynécologiques, stress, avoir été prématuré…,
- facteurs fœtaux (anomalies congénitales, restriction de la croissance intra-utérine, infections, perte du bien-être fœtal…),
- la grossesse multiple,
- complications propres à la gestation : prééclampsie, rupture prématurée des membranes…
Cependant, dans 70% des cas, l’accouchement préterme survient de façon spontanée ce qui rend difficile sa prévention primaire) comme conséquence d’un début prématuré du travail (45%) ou d’une rupture prématurée des membranes (25%). Les 30% restants correspondent à des cas où l’accouchement est avancé pour indication médicale en raison de problèmes maternels ou fœtaux (Rellán et al., 2008). Il est important de mentionner l’augmentation généralisée qui s’est produite des taux de prématurité au cours des 10-20 dernières années.
Cette augmentation peut s’attribuer, dans notre milieu, à une multitude de facteurs qui coexistent en même temps, tels que les progrès des soins périnataux, l’amélioration des méthodes d’évaluation, l’augmentation de l’âge des gestantes et donc de la prévalence de maladies comme le diabète sucré ou l’hypertension artérielle, une plus grande demande et utilisation de techniques de procréation assistée (non seulement le risque augmente avec la grossesse multiple, mais il s’accroît aussi si la grossesse est unique). Cette hausse du taux de prématurité a été influencée par le nombre croissant de prématurés tardifs, le pourcentage des naissances à un âge gestationnel égal ou inférieur à 32 semaines restant inchangé (Rellán et al., 2008).
En résumé, la population de RNPT est très hétérogène quant à son étiologie, sa clinique, ses complications et son pronostic, nécessitant une attention multi-interdisciplinaire.

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Lésion cérébrale chez le RNPT
Suivant la Dre Miranda (2006), la naissance prématurée per se, ainsi que tous les stimuli auxquels le cerveau est exposé dans l’environnement extra-utérin, affecte à un degré plus ou moins grand le développement cérébral normal du RNPT, qui dépendra du développement cérébral intra-utérin, de l’âge et de la cause de la prématurité, de la pathologie périnatale (épisodes d’hypoxie, hypotension, hypo-hypercapnie, infections…), du traitement intensif que l’enfant nécessite pendant les premières semaines de vie et du type, de la localisation et de l’ampleur des possibles lésions cérébrales. Le cerveau d’un RNPT extrême, à 40 semaines, présente une moindre complexité de ses sillons et circonvolutions, un plus faible volume et une maturation moindre de la substance blanche que celui d’un RN à terme (Miranda, 2006).
Les complications neurologiques/neuropsychologiques sont fréquentes chez le RNTP, et il est habituel que plusieurs facteurs se présentent simultanément ou successivement pour générer plus d’un type de lésion (Cerisola et al. 2019).
Chez le RNPT la pathologie du S/C mds fréquemment va à cestas constituée par : les hémorragies intracrâniennes (VIC), les lésions de la substance blanche ($B) et les lésions du cervelet.
Hémorragie intracrânienne (HIC)
Parmi les HIC qui surviennent chez le RNPT figurent l’hémorragie de la matrice germinale (HMG), l’hémorragie intraventriculaire (HIV) et les hémorragies parenchymateuses, ces dernières étant les moins fréquentes. Tant la HMG que la HIV peuvent être regroupées sous le terme d’Hémorragie péri-intraventriculaire (HPIV) et constituent la principale complication pouvant conduire à une lésion cérébrale chez le RNPT.
L’origine la plus fréquente des hémorragies dans le cerveau du RNPT est la matrice germinale (MG), une structure située dans la région sous-épendymaire périventriculaire et qui est fortement vascularisée. Lorsqu’une HMG se produit, elle peut rompre l’épendyme sous-jacent et pénétrer dans les ventricules, constituant ainsi la HIV (Ballabh, 2014)
La HPIV se classe en différents grades définis par la présence ou l’absence d’hémorragie dans les ventricules, le pourcentage d’hémorragie intraventriculaire, et la présence ou l’absence d’infarctus hémorragique périventriculaire.
- Grade I : l’hémorragie est localisée dans la MG sous-épendymaire,
- Grade II : il y a du sang intraventriculaire qui occupe moins de 50 % de la surface du ventricule et sans dilatation ventriculaire,
- Grade III : il y a du sang intraventriculaire qui occupe plus de 50 % de la surface du ventricule et avec dilatation ventriculaire.
- Grade IV : hémorragie intraventriculaire et intraparenchymateuse, correspondant à un infarctus hémorragique veineux périventriculaire.

L’hémorragie à ce niveau entraînera une perte de leurs précurseurs cellulaires y, par effet de la pression provoquée par l’hémorragie et du stress oxydatif qui en résulte, la lésion de la SB environnante s’aggravera, contribuant à la leucomalacie périventriculaire (LPV) (Cerisola et al., 2019.
La HIMG se produit chez le RNPT sous l’effet de multiples facteurs. Selon les études réalisées par Ballabh (2014) sur sa pathogenèse, « ce sera la fragilité des vaisseaux sanguins qui préparera le terrain et les fluctuations hémodynamiques, conjointes à une carence ou à une immaturité des mécanismes d’autorégulation, qui déclencheront l’hémorragie ». Parmi les facteurs de risque liés aux fluctuations hémodynamiques figurent : l’accouchement par voie basse, un faible score au test d’APGAR, la détresse respiratoire sévère, le pneumothorax, l’hypoxie et l’hypercapnie, les convulsions, le canal artériel persistant, les infections… Des altérations plaquettaires et de la coagulation agiront comme facteurs aggravants de cette situation (Ballabh, 2014).
Réhabilitation neuropsychologique chez les prématurés
On considère comme prématurés les bébés nés avant 37 semaines. Ceux-ci courent le risque de présenter des problèmes de développement, tant cognitifs que moteurs. Le développement cognitif se réfère aux capacités de pensée et d’apprentissage. Quant au développement moteur, il concerne la capacité à se mouvoir, à ramper ou à marcher.
Par conséquent, les enfants prématurés ont davantage de chances de développer une pathologie neuropsychologique. Ces pathologies peuvent être plus ou moins graves. Parmi elles se distinguent les troubles d’apprentissage, le TDAH, des troubles auditifs, visuels ou du langage, la dyslexie, le TSA ou la paralysie cérébrale.
La réhabilitation neuropsychologique pédiatrique s’adresse aux enfants présentant des troubles neurologiques qui affectent leur capacité fonctionnelle. L’objectif est d’obtenir leur autonomie maximale et d’aider à développer leurs capacités.
Ainsi, la réhabilitation neuropsychologique pédiatrique débute dans les premiers mois de vie et, dans bien des cas, a un caractère préventif.
Il convient maintenant de se demander s’il existe des preuves scientifiques des bénéfices de cette intervention précoce.
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Une prise en charge précoce est-elle bénéfique?
Selon une étude d’Alicia Spittle, Jane Orton et d’autres, les programmes d’intervention précoce pour les nourrissons prématurés ont une influence positive sur le plan cognitif et moteur pendant l’enfance. De plus, les bénéfices cognitifs persistent à l’âge préscolaire.
En revanche, aucune preuve d’un effet positif à long terme à l’âge adulte de ces bénéfices cognitifs ou moteurs n’a été constatée.
Par conséquent, l’objectif de cette réhabilitation est de favoriser le développement cognitif en réduisant les probabilités de problèmes cognitifs et moteurs à court et moyen terme.
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