Le neuropsychologue clinicien Gabriel Perea Guzmán analyse comment la neuromodulation non invasive (tDCS, tACS, tRNS, EMT) renforce la réhabilitation neuropsychologique, ses applications cliniques et sa projection future en stimulation cognitive.
Introducción
Depuis des siècles, l’humanité altère son activité cérébrale par différents moyens et pour divers objectifs, par exemple l’utilisation rituelle de la mescaline et de l’ayahuasca, l’usage récréatif de l’opium ou l’usage thérapeutique du cannabis. L’histoire de l’emploi de plantes à des fins rituelles, médicinales ou récréatives est longue.
Toutefois, l’humanité a aussi tenté de modifier l’activité cérébrale par l’électricité. Les Égyptiens connaissaient les propriétés électriques du poisson-chat, mais ce n’est qu’avec Aristote et Platon que l’on a documenté l’usage médicinal du poisson-torpille qui était utilisé pour traiter la migraine, les accès de goutte et d’autres maux. Oui, la première source d’électricité pour la neuromodulation fut un poisson.
Plusieurs siècles passèrent avant qu’Otto von Guericke ne construise en 1660 le générateur électrostatique, considéré comme le premier stimulateur électrique d’origine non animale. À partir de ce moment, l’histoire de la neuromodulation a été vertigineuse, parfois davantage à certaines époques qu’à d’autres.
¿Qué es la neuromodulación en neurorrehabilitación?
Une partie du fonctionnement du système nerveux central et périphérique repose sur deux sous-systèmes, l’un électrique et l’autre chimique. Les deux sont interdépendants et, si vous altérez l’un, vous altérez l’autre. L’épilepsie est le meilleur exemple de la manière dont l’hypersynchronisation excitatrice modifie les niveaux de glutamate et de dopamine.
Bien sûr, d’autres tableaux neuropsychiatriques entraînent une profonde altération électro-chimique de différentes réseaux cérébraux, ce qui se traduit par de troubles cognitifs et comportementaux.
Définition de la neuromodulation
La capacité de modifier l’activité cérébrale à des fins thérapeutiques porte le nom de neuromodulation et ce terme fait référence à l’induction de changements dans l’activité neuronale en administrant des agents électriques ou magnétiques dans des zones plus ou moins spécifiques afin de produire des modifications de la cognition, de la régulation émotionnelle et comportementale.

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Types de neuromodulation: invasive et non invasive
On distingue deux types de neuromodulation, l’invasive et la non invasive.
Dans la neuromodulation invasive se trouve la Stimulation Cérébrale Profonde ou DBS pour ses sigles en anglais (Deep Brain Stimulation), une technique utilisée depuis des décennies dans des pathologies comme la maladie de Parkinson ou le trouble obsessionnel compulsif (TOC), qui suppose la pose d’un ou plusieurs stimulateurs par une procédure chirurgicale ; ces stimulateurs délivrent des impulsions électriques qui modifient l’activité cérébrale.
En revanche, lorsque nous parlons de neuromodulation non invasive, nous faisons principalement référence à la stimulation magnétique transcrânienne (EMT) et à la stimulation électrique transcrânienne (tES).
Les deux utilisent un champ électrique pour réguler ou modifier l’activité des circuits et réseaux cérébraux, mais elles le font de manières différentes.
Stimulation magnétique transcrânienne (EMT)
La EMT utilise une bobine dans laquelle on fait circuler un courant de haute intensité créant un champ magnétique ; cette bobine est placée sur la tête de telle sorte que le vecteur principal soit perpendiculaire à la zone à stimuler.
Ce champ magnétique traverse la peau, l’os et les méninges et, une fois qu’il atteint les neurones, il se convertit en un champ électrique secondaire provoquant des potentiels d’action qui se propagent à travers des circuits ou des réseaux. Selon certains paramètres comme la fréquence, il peut induire une excitabilité plus ou moins grande.
L’EMT a reçu la première approbation de la Food and Drug Administration (FDA) pour le traitement de la dépression en 2008 et est la plus utilisée dans le domaine psychiatrique.
Cependant, elle a également été utilisée en neurologie clinique pour la rééducation des aphasies et des troubles moteurs secondaires à des accidents vasculaires cérébraux.
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Stimulation transcrânienne par courant continu (tDCS)
En revanche, la stimulation électrique transcrânienne (tDCS) utilise une configuration d’électrodes qui forme un circuit par lequel un stimulus électrique est acheminé jusqu’aux neurones du cortex cérébral. Son principal mécanisme d’action est la modulation subseuil des potentiels de membrane au repos.
À la différence de l’EMT, qui produit des changements dans les potentiels d’action, la stimulation électrique transcrânienne (tDCS) module l’activité neuronale spontanée, c’est-à-dire qu’elle modifie le seuil de décharge et change ainsi la probabilité de décharge. Le mécanisme physiologique sous-jacent à l’induction de plasticité est principalement un processus glutamatergique impliquant les récepteurs NMDA.
Stimulation transcrânienne par courant alternatif (tACS)
Par ailleurs, il existe différentes façons d’appliquer le champ électrique, ce qui confère une plus grande polyvalence à la technique.
La plus utilisée, la stimulation transcrânienne par courant continu (tDCS) délivre un courant de faible intensité de façon continue qui module les potentiels de membrane -excitateurs ou inhibiteurs-, selon la polarité des électrodes.
La stimulation par courant alternatif (tACS) utilise un courant électrique oscillant ou une onde sinusoïdale qui influence la manière dont se synchronisent les oscillations de différentes fréquences cérébrales (bêta, alpha, thêta, etc.).
Stimulation transcrânienne par bruit aléatoire (tRNS)
Enfin, la stimulation par bruit aléatoire (tRNS) utilise un courant dont l’amplitude et la fréquence varient de manière aléatoire.
Parmi les trois, la tRNS est la moins étudiée tandis que la tDCS est celle qui possède le plus de preuves ; toutefois, la tACS commence à gagner du terrain en réhabilitation neuropsychologique en raison de sa capacité à moduler les oscillations cérébrales. Toutes les zones qui reçoivent la stimulation — au moins les zones situées entre les deux électrodes — sont modulées de façon similaire.
Intégration de la neuromodulación con tareas de rehabilitación
Dans la stimulation électrique transcrânienne (tES), il est fondamental de compléter l’utilisation de la technique par des tâches ou des paradigmes de rééducation.
Comme nous le savons, lorsqu’on réalise une tâche, une ou plusieurs réseaux montrent des changements d’activité et ces changements sont codés dans des paramètres spatiaux et temporels. Grâce aux techniques citées, il est possible de moduler l’excitation ou l’inhibition d’un ou plusieurs nœuds de ces réseaux, tandis que la personne fait face aux demandes cognitives propres à une tâche et augmente ou diminue ainsi la probabilité d’un comportement.
Un exemple consiste à mettre en œuvre un protocole de tDCS avec stimulation anodale du cortex préfrontal gauche à 1,5 mA qui, pendant quinze séances de 20 minutes, utilise de manière concomitante des tâches Go/no-Go pour améliorer le contrôle inhibiteur chez des sujets présentant un trouble du déficit de l’attention (TDA) de présentation prédominante hyperactif-impulsif.

Il ne faut pas oublier que la tDCS, la tACS ou la tRNS modifient uniquement la probabilité de décharge, mais le résultat final dépend de l’état physiologique préalable du réseau cible ainsi que du type de stimulation concomitante.
Paramètres en neuromodulation cognitive
Le résultat d’un programme de neuromodulation dépendra des paramètres suivants :
- Montage : il s’agit de la disposition des électrodes à la surface de travail et l’on utilise habituellement le Système International 10/20 pour l’EEG. La polarité des électrodes déterminera la probabilité d’excitation (anode) ou d’inhibition (cathode).
- Électrode : ce sont des conducteurs électriques utilisés pour entrer en contact avec la partie non électrique d’un circuit. Il existe différentes tailles et formes, ce qui influence la densité de courant ; les électrodes annulaires permettent une plus grande focalisation de l’intensité. On utilise toujours une solution saline ou un gel conducteur pour améliorer la conductivité.
- Ampère : c’est l’unité utilisée pour mesurer la quantité d’énergie qui circule dans un circuit par seconde. Les mA sont le millième d’un ampère et les plages de stimulation généralement utilisées sont de 1, 1,5 ou 2 mA. En termes généraux, en neuromodulation pédiatrique on utilise 1 ou 1,5 mA tandis que chez l’adulte on choisit 2 mA.
- Type de courant : il existe trois manières d’administrer le courant électrique. Le courant continu (tDCS), le courant alternatif ou sinusoïdal (tACS) et le bruit ou flux aléatoires (tRNS).
- Stimulation concomitante : il s’agit de la présence ou de l’absence d’un paradigme de stimulation cognitive, par exemple des exercices de dénomination pendant une stimulation anodique des aires antérieures gauches. Elle peut être en ligne (se produit en même temps que la neuromodulation) ou hors ligne (se produit avant ou après la neuromodulation).
- Durée de la séance : la plupart des séances en contexte clinique durent de 20 à 30 minutes.
- Nombre de séances et fréquence : dans presque tous les protocoles cliniques, on réalise entre 15 et 20 séances avec une fréquence maximale de deux séances par jour, avec un intervalle de repos de deux à trois heures.
Ces variables seront combinées pour structurer un protocole répondant aux besoins du patient et aux objectifs thérapeutiques.
Il est fortement recommandé d’effectuer une évaluation avant et après l’application du protocole. Notre recommandation est que cette évaluation comprenne un niveau physiologique avec l’EEG ou les potentiels cognitifs évoqués, un niveau comportemental avec les échelles et auto‑questionnaires, et le niveau cognitif à évaluer au moyen de tests ou batteries neuropsychologiques.
Conclusion
La combinaison de la rééducation neuropsychologique traditionnelle et de la neuromodulation non invasive commence à transformer les approches thérapeutiques, ouvrant un panorama plein de possibilités. De plus en plus d’hôpitaux et de centres spécialisés intègrent ces techniques à leurs programmes, soutenus par une évidence scientifique croissante et par les résultats empiriques montrant une progression plus rapide de la récupération des patients.
Dans la population enfant‑adolescente, la technique la plus employée est la stimulation électrique transcrânienne. Son caractère non invasif, sa portabilité et la facilité d’application en font une alternative accessible et sûre, surtout si l’on compare avec la stimulation magnétique transcrânienne, qui exige un plus grand contrôle moteur de la part du patient. La stimulation électrique a en outre évolué vers des variantes plus spécifiques comme la tACS, laquelle promet des effets positifs sur la cognition du fait de son potentiel à induire une synchronisation des oscillations entre différentes réseaux, favorisant certains processus cognitifs.
Cependant, pour consolider ces avancées il devient indispensable de disposer de systèmes d’évaluation rigoureux permettant de mesurer l’impact réel des interventions. Cela implique d’évaluer les changements à plusieurs niveaux : comportemental, via des échelles comme le BRIEF ou le SENA ; électrophysiologique, par des enregistrements EEG ; et cognitif, par l’application de tests et de tâches neuropsychologiques. Ce n’est que de cette manière qu’il sera possible d’établir clairement la portée de la neuromodulation en pratique clinique.
Il est important de rappeler que ces techniques, en elles‑mêmes, ne constituent pas une thérapie. Leur véritable potentiel apparaît lorsqu’elles sont intégrées dans des programmes de rééducation larges et coordonnés, où la collaboration d’équipes multidisciplinaires assure une approche globale. Ainsi, la neuromodulation non invasive se profile comme une ressource précieuse, non isolée, mais en synergie avec d’autres stratégies, marquant le début d’une nouvelle ère en rééducation neuropsychologique.
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Questions fréquentes sur la neuromodulation en stimulation neuropsychologique
1. Qu’est-ce que la neuromodulation non invasive ?
La neuromodulation non invasive est un ensemble de techniques qui modifient l’activité cérébrale par des courants électriques ou des champs magnétiques, sans chirurgie. Ses applications incluent la rééducation cognitive, motrice et émotionnelle dans différents troubles neurologiques.
2. Que signifie DBS en neuroréhabilitation ?
DBS (Deep Brain Stimulation ou Stimulation Cérébrale Profonde) est une technique invasive qui nécessite une chirurgie pour implanter des électrodes dans des zones spécifiques du cerveau. Elle est utilisée principalement dans la maladie de Parkinson et le trouble obsessionnel compulsif (TOC).
3. Qu’est-ce que l’EMT ou stimulation magnétique transcrânienne ?
L’EMT (TMS en anglais) est une technique non invasive qui applique des champs magnétiques pour générer une activité électrique dans le cortex cérébral. Elle est approuvée par la FDA pour traiter la dépression et est également utilisée dans les aphasies et la rééducation post-AVC.
4. À quoi sert la tDCS en rééducation cognitive ?
La tDCS (Stimulation transcrânienne par courant continu) applique des courants de faible intensité qui modulent l’excitabilité neuronale. Elle est efficace pour améliorer des fonctions telles que l’attention, le contrôle inhibiteur et la mémoire de travail, et est utilisée dans le TDAH et les lésions cérébrales.
5. Quelle est la différence entre la tACS et la tDCS ?
Tandis que la tDCS utilise un courant continu de faible intensité pour augmenter ou réduire l’excitabilité corticale, la tACS emploie un courant alternatif oscillant pour synchroniser les rythmes cérébraux (alpha, bêta, thêta), avec des applications en mémoire et attention.
6. Qu’est-ce que la tRNS en neuroréhabilitation ?
La tRNS (Transcranial Random Noise Stimulation) utilise des courants électriques d’amplitude et de fréquence aléatoires. Bien qu’il y ait encore moins d’études disponibles, elle montre un potentiel pour renforcer la plasticité cérébrale et améliorer les processus cognitifs.
7. Quels sont les bénéfices de la neuromodulation en neuropsychologie ?
La neuromodulation, en particulier la non invasive, accélère la rééducation neuropsychologique en renforçant la plasticité cérébrale. Ses bénéfices incluent : une récupération plus rapide après lésion cérébrale ; l’amélioration des fonctions exécutives et de la mémoire ; la réduction des symptômes dans la dépression et le TDAH ; et un complément efficace aux programmes de stimulation cognitive traditionnels.








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