La neuropsychologue Lidia García présente un guide sur les apraxies pour apporter simplicité et une meilleure compréhension de ce trouble neurologique.
Il vous est peut-être arrivé, qu’en consultant différentes sources sur l’apraxie vous n’ayez pas trouvé de concordance entre les diverses définitions, classifications, critères diagnostiques ou nomenclatures des mouvements données par les différents manuels ou auteurs.
Ce post vise à apporter de la simplicité à la lecture sur les apraxies et une meilleure compréhension, en mettant en évidence des aspects de la littérature qui peuvent constituer une source de confusion assez probable pour les lecteurs et en apportant quelques clés pour démêler des concepts importants.
J’espère que cela vous sera utile.
Origine de la distinction entre apraxie idéationnelle vs. apraxie idéomotrice
La distinction qui prédomine dans les textes sur les apraxies des membres est celle qui est faite entre apraxie idéationnelle et apraxie idéomotrice.
Cette classification provient du modèle de Liepmann de 1920, qui unifiait les explications d’ordre anatomique et psychologique existantes sur le contrôle moteur dans la littérature clinique de la fin du XIXe siècle.
Hugo K. Liepmann, qui proposa ce premier modèle des apraxies, considérait que la base cérébrale du contrôle de l’action est un courant qui relie les zones corticales postérieures au cortex moteur, et qui transforme les images mentales conscientes du mouvement que l’on entend réaliser en commandes motrices qui l’exécutent.
Dans cette conception du contrôle moteur, l’apraxie pouvait donc être due soit à une génération insuffisante du concept du mouvement (les images mentales conscientes), soit à l’interruption du courant postéro-antérieur, qui empêcherait que le concept se transforme en ordres moteurs.
Ces deux points de possible altération de la séquence concept-production sont à la base de la distinction entre la apraxie idéationnelle (due à une génération insuffisante du concept de mouvement) et la apraxie idéocinétique (due à une conversion insuffisante en exécution motrice), qui fut plus tard rebaptisée apraxie idéomotrice.
Par conséquent, en adoptant cette classification on admet également, de manière plus ou moins implicite, qu’il existe un niveau cognitif ou supérieur dans le contrôle de l’action, et un niveau moteur inférieur, et qu’ils peuvent en outre être altérés de manière sélective.
Critères utilisés dans la distinction entre apraxie idéationnelle et apraxie idéomotrice
La principale source de confusion lors de la consultation de différents textes sur l’apraxie peut être l’importante absence de consensus et la variabilité que l’on peut rencontrer dans les critères cliniques utilisés pour distinguer entre les deux formes principales de apraxie des membres ; la apraxie idéationnelle et la apraxie idéomotrice.
Les chercheurs, en général, s’intéressent à trouver des altérations dans un type particulier de mouvement, qui donnent lieu à une forme spécifique d’apraxie et définissent ainsi les apraxies idéationnelle et idéomotrice en fonction de un ou plusieurs des critères suivants :
- Le type de geste altéré (transitif vs. intransitif; avec signification vs. sans signification; pantomime de l’utilisation d’outils)
- La voie par laquelle le geste est examiné (voie visuelle par imitation, ou voie verbale par ordre ou commande)
- Le type d’erreurs commises lors de la production des gestes (erreurs de contenu, de synchronisation, de séquence, d’omission, mauvais usage, etc.)
Certains auteurs considèrent qu’un déficit des gestes transitifs est caractéristique de l’apraxie idéationnelle, et que l’apraxie idéomotrice affecte l’imitation des gestes sans signification.
D’autres estiment que ces deux formes d’apraxie sont liées aux erreurs commises lors de la production des gestes, de sorte qu’ils associent l’apraxie idéationnelle à des erreurs de contenu, qui affectent les gestes transitifs et les pantomimes.
Il y a ceux qui décrivent l’apraxie idéationnelle comme un déficit dans tous les types de gestes significatifs [4] et aussi ceux qui définissent l’apraxie idéomotrice comme un déficit dans la production de pantomimes et l’imitation de gestes, sur la base d’erreurs spatio-temporelles qui surviennent dans les deux types d’action.
Et ainsi de suite.
Par conséquent, l’utilisation d’une taxonomie pour l’apraxie des membres comporte un risque, car les critères ne sont pas partagés par tous les auteurs et il n’existe pas de classification diagnostique universelle.
Pour se rappeler en quoi consistait chaque type de geste (transitif, intransitif, etc.), voir le glossaire plus bas.
Une classification utile des gestes considérés lors de l’exploration et du diagnostic des apraxies.
Pour avoir une idée schématique claire des types de gestes auxquels on fait habituellement référence dans les publications sur les apraxies, il peut être utile de consulter la revue de Goldenberg sur les critères diagnostiques et la logique de Liepmann pour distinguer entre les apraxies idéationnelle et idéomotrice.
Liepmann considérait la manipulation défectueuse d’objets réels comme critère pour définir l’apraxie idéationnelle, et l’altération des gestes à mains nues pour diagnostiquer l’apraxie idéomotrice.
Son raisonnement pour établir la différence ainsi était que les objets réels fournissent une guidance et un soutien aux mains, ce qui fait défaut lorsque les mains sont vides, et que par conséquent les gestes à mains nues servent à examiner toute la voie, du concept jusqu’à l’exécution motrice.
Ainsi, parmi les gestes à mains nues on peut considérer les gestes sans signification et ceux avec signification, et parmi ces derniers, les gestes à signification établie par convention (par exemple, le salut militaire ou le geste OK) et les pantomimes de l’utilisation d’outils.
Les mouvements effectués en manipulant des objets réels sont souvent appelés aussi gestes transitifs et les gestes établis par convention, gestes intransitifs.
Pour une description de ces gestes, consulter le glossaire inclus plus bas.
Tous peuvent être évalués par imitation (voie visuelle) ou par ordre verbal (voie auditive), excepté les gestes sans signification, qui sont généralement évalués uniquement en imitation, car leur description verbale peut surcharger la compréhension du langage chez les patients aphasiques. Les pantomimes peuvent en outre être évaluées par le toucher.
Dans mon expérience, j’ai trouvé utile d’intégrer la classification des mouvements de Liepmann à la nomenclature de ces mouvements probablement la plus utilisée dans les articles. Je l’inclus ici sous forme de schéma :


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La définition de l’apraxie comme trouble des habiletés apprises
L’apraxie a été définie de différentes manières. De nombreux auteurs la considèrent comme un trouble de l’exécution des mouvements préalablement appris (en plus qu’il survienne dans certaines conditions, comme le fait d’être un trouble acquis, en l’absence d’altération des systèmes afférents et efférents, et non attribuable à des problèmes de reconnaissance des objets, de compréhension des tâches, ou de manque de motivation).
C’est Norman Geschwind qui remplaça le concept d’images mentales conscientes du modèle séminal de Liepmann par celui de compétences motrices apprises ; concevant ainsi le contrôle moteur comme dépendant de l’expérience préalable (mémoires motrices) et d’une voie allant du lieu de stockage des mouvements appris jusqu’à celui de leur exécution.
Par conséquent, les définitions de l’apraxie comme troubles des compétences apprises impliquent le concept de réservoir de mouvements et l’idée que l’apraxie affecte ces mémoires.
On a estimé qu’en éliminant à la fois les images mentales et leur conversion en commandes d’exécution, le modèle de Geschwind éliminait également le composant cognitif du contrôle des actions.
Aujourd’hui, le composant cognitif de l’apraxie n’est pas remis en question, et dans la littérature actuelle coexistent les définitions de l’apraxie comme trouble des mouvements appris, avec la classification de l’apraxie des membres en idéationnelle et idéomotrice, et donc avec le mécanisme séquentiel concept-exécution et avec le composant cognitif du contrôle des mouvements.
D’autres définitions de l’apraxie se réfèrent à un déficit des mouvements délibérés (purposive), assumant donc le composant cognitif de manière plus explicite, tandis que d’autres la considèrent comme un symptôme à mi-chemin entre le cognitif et le moteur.
La doble acepción de la apraxia ideacional
Comme indiqué, le terme apraxie idéationnelle a été utilisé de deux manières distinctes:
- Comme incapacité à comprendre comment les objets sont utilisés (défaillance dans la connaissance de l’action des objets), ce qui pourrait s’interpréter comme une agnosie pour l’usage des objets.
- Comme incapacité à réaliser une séquence d’actions (p. ex. préparer du café ou se brosser les dents), étant considérée comme une défaillance dans l’établissement du plan idéationnel ; de la succession logique des mouvements, malgré que chaque mouvement pris séparément puisse être exécuté correctement.
Cette double conception chevauche les différentes définitions de l’apraxie idéationnelle selon les divers critères cliniques ou comportementaux (voir volume 1 de ce guide), ce qui peut ajouter de la confusion au lecteur de la bibliographie sur les apraxies des membres.
Critères utilizados en las clasificaciones generales de apraxias
Dans la littérature, il existe une certaine divergence dans les classifications générales des apraxies.
Les critères utilisés pour les élaborer comprennent :
- Si elle se présente de façon unilatérale ou bilatérale
- Le segment du corps touché: membres, tronc ou parties du visage
- Si elles affectent le langage/la parole
- S’il s’agit d’une apraxie due à des troubles de la exécution des mouvements (apraxies motrices) ou à des troubles de nature spatiale (apraxies spatiales comme l’apraxie constructive et l’apraxie vestimentaire).
Certains auteurs préfèrent ne pas considérer l’apraxie constructive et l’apraxie vestimentaire comme de véritables apraxies mais comme des troubles spatiaux.
Une clasificación comprehensiva de las apraxias
Ardila y Rosselli proponen una clasificación general de las apraxias que integra todos los criterios mencionados arriba(Fig. 1)
- Apraxies motrices (apraxies des membres)
- Bilatérales
- Idéationnelle
- Idéomotrice
- Des membres supérieurs
- De la marche
- Unilatérales
- Cinétique
- Sympathique
- Callosale
- Apraxies du visage
- Buccofaciale (orale)
- Oculaire
- Apraxies axiales
- Troncopédique
- Apraxies du langage
- De la parole
- Verbale
- Bilatérales
- Apraxies spatiales
- Apraxie constructive
- Apraxie vestimentaire
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Glossaire
- Geste transitif: geste réalisé avec un objet réel (p. ex. prendre des ciseaux et montrer à l’évaluateur comment les utiliser).
Dans la littérature en anglais comme en espagnol on utilise le terme transitif, probablement en raison du parallélisme de l’usage de ce terme en grammaire pour désigner les verbes ; car dans les deux langues, un verbe transitif est celui qui se construit avec un complément ou un objet direct, qui est l’élément syntaxique montrant qui ou quoi est affecté par l’action du verbe.
Cela peut être utile aux lecteurs pour consolider quand un geste est transitif et quand il est intransitif.
- Geste intransitif: geste qui ne se réalise pas avec un objet réel. Il a aussi été défini comme actions expressives, symboliques et communicatives, effectuées sans objets (p. ex. faire un signe de la main pour dire au revoir) et pouvant varier selon les cultures.
Équivaudrait à un geste dont la signification est établie par convention, dont nous parlions au point précédent et auxquels on a également donné le nom d’emblems (emblèmes, symboles).
Parfois, dans les articles, on assimile intransitif à communicatif, étant donné la nature communicative des symboles et des conventions.
- Geste ayant un sens: inclut les gestes transitifs, les pantomimes et les gestes intransitifs.
- Geste sans signification: gestes qui n’ont pas de signification pour une population donnée (p. ex. placer le poing sous le menton).
- Pantomimes (de l’utilisation d’outils):description gestuelle de l’utilisation de l’objet. Le patient essaie de représenter l’usage qu’il ferait d’un objet, comme s’il le tenait réellement dans sa main.
Notas sobre posibles confusiones derivadas del uso del lenguaje y la traducción
- En parlant des pantomimes, on peut parfois confondre l’allusion selon laquelle, dans les pantomimes, le patient « imite » le mouvement qu’il ferait s’il utilisait un certain outil (imiter au sens de représenter), avec la référence à l’imitation comme voie permettant d’explorer l’apraxie (l’évaluateur demande au patient d’imiter ce qu’il fait, mais cela est différent de lui demander de réaliser une pantomime).
En anglais, l’utilisation de pantomime comme verbe ne prête pas à confusion, mais on peut parfois trouver les termes to imitate ou imitation lorsqu’il est fait référence au fait que le patient réalise une pantomime qui a été demandée par ordre verbal par l’évaluateur, et qui n’est pas évaluée par la voie visuelle de l’imitation.
- En parlant des gestes avec et sans signification, dans la littérature anglaise on utilise généralement les termes meaningful et meaninglessgestures, qui, lorsqu’ils sont traduits en espagnol dans certains textes viennent comme gestos significativos et insignificantes, au lieu de comme gestos con y sin significado.
Bien qu’en anglais meaning et significance soient synonymes et se réfèrent tous deux à l’importance de quelque chose, meaning a une connotation de valeur symbolique et aussi d’intention ; il peut donc être plus approprié de traduire meaningful et meaninglessgestures par gestes avec et sans signification, plutôt que par gestes significatifs et insignifiants, car ces dernières expressions en espagnol semblent donner l’idée de gestes importants et sans importance (comme lorsqu’on utilise l’expression « différence significative » en statistique).
Más notas sobre posibles confusiones derivadas del uso del lenguaje y la traducción
- Los términos purposive movementsse pueden traducir como mouvements délibérés (on pourrait aussi dire intentionnels, volontaires, prémédités, décidés). D’autres possibilités sont mouvements utiles ou qui remplissent une fonction.
Un mouvement peut n’avoir d’autre utilité ou fonction que d’être réalisé pour être évalué par un neuropsychologue. En effet, la dissociation automatique-volontaire observée dans les apraxies est connue : un patient ne réalise pas un mouvement sur ordre mais le fait de manière spontanée, et c’est pourquoi certains chercheurs estiment que l’apraxie des membres est un trouble limité au contexte d’évaluation et qui passe inaperçu dans la vie quotidienne.
Il peut être utile de tenir compte de toutes les traductions possibles ou connotations de purposivemovements au moment d’interpréter les définitions de l’apraxie et les modèles défendus dans chaque publication.
Bibliografía
- Ardila, A. et Rosselli, M. (1992). Neuropsychologie clinique. Medellín: Prensa Creativa.
- Ardila, A. et Rosselli, M. (2007). Apraxie. Dans E. Márquez et L. Rodríguez (éd.), Neuropsychologie clinique (p. 127-139). México D. F., México: El Manual Moderno.
- Bartolo, A. & Ham, H. S. (2016). A Cognitive Overview of Limb Apraxia. Current Neurology and Neuroscience Reports, 16:75.
- Cambridge Dictionary (s.d.). [Dictionnaire d’anglais]. Consulté le 28 avril 2018, sur https://dictionary.cambridge.org/es/diccionario/ingles/transitive.
- Goldenberg (2014a). Challenging traditions in apraxia. Brain, 137, 1854-1862.
- Goldenberg (2014b). The cognitive side of motor control. Cortex, 57, 270-274.
- Liepmann H. Apraxie. In: Brugsch H, editor. Ergebnisse der gesamten Medizin. WienBerlin: Urban & Schwarzenberg; 1920. p. 516–43.
- Portellano, J. A. (2010). Introduction à la neuropsychologie. Madrid: McGraw Hill.
- Real Academia Española (s.d.). [Dictionnaire de la langue espagnole]. Consulté le 28 avril 2018, sur http://dle.rae.es/?id=bbVXlxq.
- WikiDiff (s.d.). Significance vs Meaning – What’s the difference?. Consulté le 28 avril 2018, sur https://wikidiff.com/content/significance-vs-meaning-whats-difference-0.







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